La broderie, un art de décoration féministe

La broderie, un art ancien, est une pratique dont les racines remontent à l’Antiquité. Des traces de cet art se retrouvent dans des civilisations telles que l’Égypte, la Grèce, l’Empire romain, et plus tard en Europe médiévale, où elle était pratiquée principalement par les femmes. Considérée comme une activité « domestique », la broderie était souvent reléguée à la sphère privée, associée à des travaux de femmes considérés comme mineurs par rapport aux formes d’art dominées par les hommes, comme la peinture ou la sculpture. Toutefois, au fil du temps, la broderie a subi une transformation radicale, notamment à partir des années 1970, lorsque des artistes et militantes féministes l’ont réappropriée pour en faire un outil de contestation.

Broderie féministe

Une réappropriation féministe de la broderie

Dans les années 1970 et 1980, le mouvement féministe a permis à la broderie de se réapproprier un statut artistique, loin de sa perception traditionnelle de simple activité domestique. Les femmes artistes ont cherché à valoriser cette pratique, longtemps reléguée à l’intimité et considérée comme mineure, en l’intégrant dans des œuvres d’art porteurs de messages sociaux et politiques. Judy Chicago, dans son œuvre The Dinner Party (1974-1979), a utilisé la broderie pour rendre hommage à des figures féminines historiques, redonnant ainsi une légitimité nouvelle aux arts textiles. En incorporant des éléments de broderie dans son travail, elle a transformé cette pratique domestique en une forme d’expression artistique légitime, et a réaffirmé son rôle essentiel dans l’histoire de l’art.

La broderie : un moyen de résistance

La broderie a également servi de moyen de protestation, en particulier au sein du collectif The Guerrilla Girls, qui a utilisé cette forme d’art pour dénoncer les inégalités de genre dans le monde de l’art. Le groupe, fondé en 1985, a souvent brodé des messages subversifs sur des affiches ou des vêtements, en utilisant la broderie comme un outil visuel de résistance. Cette réappropriation a permis de questionner les structures de pouvoir en place, et a montré comment des formes d’art traditionnellement associées à la féminité pouvaient devenir des armes politiques.

Les artistes contemporaines et la broderie subversive

Des artistes contemporaines, comme Ghada Amer ou Zouli Dery, ont également réutilisé la broderie pour questionner les normes sociales liées à la sexualité et au corps féminin. Amer, par exemple, brode des scènes de nu féminin et des motifs sexuels pour contester les attentes sociales et patriarcales. En utilisant la broderie pour traiter de ces sujets, elle redéfinit cette pratique non seulement comme une forme d’art féministe, mais aussi comme un acte de résistance face aux normes de beauté et de comportement imposées aux femmes. Ces œuvres cherchent à transformer des pratiques perçues comme subalternes en des instruments de subversion et d’affirmation de soi.

la broderie outil d'émancipation féministe

Réévaluation des pratiques féminines dans l’art

Au-delà des artistes, des historiens de l’art et des chercheurs féministes ont joué un rôle clé dans la révision de l’histoire de la broderie. Joanna Frueh, dans son ouvrage The Body of the Work (1993), explore comment les femmes ont utilisé des formes d’art comme la broderie pour remettre en question et redéfinir leur place dans le monde artistique. Selon Frueh, ces pratiques permettent de renverser les hiérarchies de valeur qui ont longtemps marginalisé l’art textile en le cantonnant à la sphère domestique et féminine.

La broderie comme résistance visuelle et politique

Plus récemment, des projets de « stitch protests » (protestations par la broderie, vidéo ici) ont émergé, où des militantes et des artistes utilisent la broderie pour afficher des messages sociaux et politiques sur des panneaux publics ou des vêtements. Ces formes de protestation visent à transformer des espaces privés en lieux d’affirmation politique. Par exemple, des femmes brodent des slogans dénonçant les inégalités de genre, les violences faites aux femmes, ou encore les attentes sociales placées sur leurs corps.

Ainsi, la broderie, loin d’être une pratique folklorique ou domestique, est devenue un instrument de lutte et d’émancipation. Les femmes, en réintégrant cette pratique dans un cadre d’expression artistique et politique, ont su lui redonner une dimension subversive et moderne. Aujourd’hui, la broderie continue de servir de moyen puissant pour affirmer des voix féministes et contester les normes sociales dominantes.

Un article d’Eva

broderie outil féministe

Sources

  • Chicago, Judy. The Dinner Party: From Creation to Preservation. Merrell, 2007.
  • Frueh, Joanna. The Body of the Work: Feminist Art in the 1980s. Routledge, 1993.
  • Amer, Ghada. Ghada Amer: Works from 1993-2005. New York: The Museum of Modern Art, 2005.
  • Guerrilla Girls. The Guerrilla Girls’ Bedside Companion to the History of Western Art. Guerrilla Girls, 1995.
  • May, Sophie. “Protest by Stitch: Embroidery as Political Resistance.” Textile: The Journal of Cloth and Culture, vol. 15, no. 2, 2017, pp. 201-216.
  • Parker, Rozsika. The Subversive Stitch: Embroidery and the Making of the Feminine. Reprinted, Bloomsbury Visual Arts, 2019.

Rivalités entre femmes* : un stéréotype sexiste alimenté par le patriarcat

Le fait que les relations entre femmes* soient inévitablement sujettes à des rivalités est très certainement un stéréotype sexiste, alimenté entre autres par la plume des auteurs (hommes, bien sûr) depuis l’Antiquité, et par les représentations véhiculées par la culture populaire jusqu’à nos jours.
Cependant, des rivalités entre femmes existent réellement, et sont rapportées par des expériences de femmes sur leur lieu de travail, par exemple. Mais ce type de relations entre femmes, en tant que phénomène social structurel, est une conséquence du système patriarcal et hétéronormatif dans lequel nous vivons.

* Par femmes, le CFEP entend toutes les personnes qui s’identifient comme femmes ; c’est donc en ce sens également qu’on l’appréhende dans cet article.

stéréotypes sexistes et rivalité entre femmes

L’hétéro-patriarcat : diviser pour mieux régner

En effet, dans ce système, les individus, y compris les femmes, intègrent l’idée d’une supériorité des hommes, des valeurs et des qualités qui leur sont associées, et d’une infériorité des femmes. Dans ce contexte, les hommes seuls ont le pouvoir de valoriser et d’estimer les femmes, et c’est essentiellement autour de cela que des rivalités peuvent apparaître. Les femmes tendent davantage à s’identifier aux hommes qu’aux autres femmes. Elles cherchent à s’attirer leurs faveurs, à s’inscrire dans leur système d’institutions sociales, à s’y faire une place dans des positions de pouvoir, très rares et difficiles d’accès pour elles. Dans ce contexte, on comprend que toute nouvelle venue peut être perçue comme une ennemie potentielle, si l’on ajoute à cela la misogynie que les femmes, comme les hommes, intériorisent. Cette rivalité, pour Susan Shapiro, se différencie d’un esprit de compétition, qui accompagne un contexte où l’on sait que l’on se mesure à quelqu’un d’autre « à armes égales », en ayant conscience de sa valeur. La rivalité qui peut exister entre femmes est motivée plutôt par la peur d’être supplantée par l’autre. Elle est d’autant plus vicieuse et stigmatisante qu’elle est inconsciente et mal perçue socialement pour les femmes, alors que pour les hommes, la compétition est valorisée.

Ainsi, tout en performant la féminité pour coller aux attentes de genre qui leur sont attribuées, les femmes ont tendance à se distancier des groupes de femmes, et cela se marque plus fort dès l’adolescence. Elles se revendiquent comme « différentes des autres » pour se valoriser aux yeux des hommes et tenter de ne pas incarner de stéréotypes négatifs associés aux femmes. Elles accordent moins de crédit aux propos de femmes, et à leurs relations avec des femmes, comme si elles les vivaient par défaut, faute de pouvoir passer leur temps avec un homme. Il peut ainsi exister ce que Charrel appelle le « syndrome de l’unique ». C’est-à-dire le caractère flatteur, voire la fierté, liés au fait d’être la seule femme entourée d’hommes, ou qui a su se faire une place dans un univers essentiellement masculin, dans les milieux professionnel ou amical.

Rivalité et relations affectives

Ces phénomènes se traduisent, entre autres, dans les relations affectives. D’autant que l’hétéronormativité vient alors s’allier au patriarcat pour refuser aux femmes toute autre relation qu’une relation romantique (ou, du moins, conjugale) avec un homme, censée être le summum, voire la source unique, de leur accomplissement. Dans ce double système, la femme n’existe socialement, ne pense pouvoir exister socialement, que dans une relation avec un homme, essentiellement une relation de couple (exclusive). Cette relation est donc présentée et perçue, dans notre société, comme supérieure à toutes les autres, prioritaire. Et ce, sur un marché de l’amour inégal, puisque la polygamie de l’homme est valorisée socialement, alors que celle de la femme est condamnée. Chaque femme, pour exister socialement, remplir les rôles sociaux qui sont attendus d’elle, est donc censée trouver et conserver son partenaire, qui reste toutefois disponible, en théorie, pour toutes les autres femmes. De là, une rivalité peut se mettre en place.

Cette rivalité peut se porter sur le physique et la beauté, puisque dans le système hétéro-patriarcal les femmes sont réifiées, considérées comme des objets sexuels et des corps reproductifs. N’étant pas encouragées à exister par leur intellect, et ayant intériorisé leur position sociale inférieure, les femmes peuvent manquer d’estime d’elles-mêmes. Et puisque l’homme a la prérogative de valorisation des femmes, celles-ci peuvent chercher à coller aux normes de beauté et de désirabilité pour gagner ses faveurs. Et, par suite, trouver un partenaire et accomplir leur rôle social. Cela renforce, en retour, les stéréotypes de genre.

Et l’amitié dans tout ça ?

L’hétéronormativité rend difficile l’existence d’autres formes de relations affectives qui permettraient de dépasser les rapports de genre inégaux, que le couple hétérosexuel perpétue et justifie. Ainsi, les relations d’amitié entre femmes par exemple passent au second plan, pratiquement et dans les représentations, entre autres celles que l’on retrouve dans la culture populaire. Elles y sont très souvent invisibilisées ou, quand elles sont montrées, c’est souvent de manière stéréotypée. Elles font l’objet de dénigrement et de moquerie. Ainsi, de telles amitiés peuvent être marquées par la jalousie, l’envie, l’agressivité, la compétition (notamment dans le cadre d’une conquête amoureuse, ce qui démontre bien la hiérarchie entre amour romantique hétérosexuel et amitié entre femmes qui est présentée), la superficialité, la bêtise.

En fait, dans le système hétéro-patriarcal, l’amitié, comme l’ensemble des valeurs et des normes dominantes, est pensée par et pour les hommes : les femmes en sont exclues. Jacques Derrida, dans Politiques de l’amitié (1994), résume bien la manière dont les auteurs ont envisagé les femmes et leurs relations depuis l’Antiquité : elles ne seraient capables que d’amour romantique et maternel, et pas d’amitiés, avec des hommes comme avec des femmes. De plus, dans la logique de ces pensées, les femmes, cantonnées à l’espace privé, voient leurs occasions de nouer des amitiés avec d’autres femmes limitées. Elles se contentent de prendre soin de leur mari, de leurs enfants et de leur foyer.

En fait, l’amitié, comme les relations lesbiennes, sont des formes de relations affectives potentiellement subversives pour le système hétéro-patriarcal, perçues comme une menace à son maintien. C’est pourquoi elles ont toujours été condamnées et invisibilisées par ce même système.

En résumé

Si des rivalités entre femmes peuvent réellement exister, elles sont le fruit du système patriarcal et hétéronormatif dans lequel nous vivons. Celui-ci influence les représentations que nous avons des relations entre femmes et la façon dont nous les vivons concrètement. Ces représentations sont répercutées et véhiculées, entre autres, par la culture populaire dominante.

Sororité, adelphité : la solidarité pour lutter

Pour résister et renverser les structures de domination en place, plusieurs féministes prônent la sororité, soit une forme de solidarité politique entre femmes, chargée d’affect et d’estime mutuels. Elle est basée sur la conscience commune des femmes de leur condition d’exploitation, la volonté d’y mettre un terme et la mise en place d’actions concrètes pour que cela advienne. Cette sororité doit donc passer par une prise de conscience de cette condition commune. Les femmes doivent s’identifier et se reconnaître entre elles, et cesser de s’identifier aux dominants. Elles doivent reconnaître que la source de leurs difficultés n’est pas les autres femmes, mais bien le système patriarcal et hétéronormatif dans lequel elles vivent, qui les exploite, et qu’elles contribuent elles aussi à maintenir en place en en ayant intériorisé les idées. Plusieurs autrices, dont Marcela Lagarde et bell hooks, insistent toutefois sur le fait que la sororité doit être intersectionnelle, et tenir compte des différences raciales, de classe, d’orientations sexuelles, etc, entre les femmes sans chercher à les effacer, pour ne pas reproduire entre elles des dynamiques de domination (voir notre article). Bien sûr, une telle sororité n’est pas facile à mettre en place en raison même de ses conditions d’existence, et parce que le système patriarcal tire parti de la division des femmes.

On notera que la sororité peut aussi faire l’objet d’une certaine méfiance, par peur de cette homogénéisation des « femmes » mais aussi d’une récupération politique et d’un usage creux, sans en comprendre le sens et les implications politique réels.

De plus, nous pouvons préférer au terme de sororité celui d’adelphité. Il vient du grec adelph, dont dérivent les mots en grec désignant « sœur » et « frère » (quand, dans d’autres langues, ces deux mots proviennent de racines différentes). On l’utilise pour désigner une solidarité entre personnes quel que soit leur genre. Ainsi, le terme est plus inclusif et permet d’aborder des réalités politiques que la sororité n’envisage peut-être pas. La solidarité politique est ici encouragée entre personnes qui ne sont pas uniquement conçues comme des femmes cisgenres.

Un article d’Alix Taillan

Sources

Afilal, K. (2023). Rivalité féminine au travail : enseignements d’une étude exploratoire auprès des femmes marocaines. Revue Internationale des Sciences de Gestion, 6(2), 193 – 211. DOI : https://doi.org/10.5281/zenodo.7849866.

Anne Sylvestre. (1979). Frangines. J’ai de bonnes nouvelles [CD].

Carpent, M., Delhez, E., Henrard, F., et Kaison, L. (2022). Armes sœurs. L’amitié entre femmes comme solidarité politique et source d’émancipation [Article académique]. IHECS, Bruxelles.

Charlotte Bienaimé. (2022). Les copines d’abord. Un podcast à soi [podcast]. France : Arte Radio.

Charrel, M. (2021). Qui a peur des vieilles ? Editions Les Pérégrines. 

Ferrarese, E. (2012). bell hooks et le politique. La lutte, la souffrance et l’amour. Dans A. M. Devreux et D. Lamoureux (dir.), Cahiers du genre, N°52Les antiféminismes (pp. 219-240). DOI : 10.3917/cdge.052.0219.

Lagarde, M. (2014). Enemistad y sororidad: Hacia una nueva cultura feminista [Manifeste]. Récupéré le 6 février 2025 de https://e-mujeres.net/.

Liamchine, S. de, et Robert, J. (2023). Sororité & rivalité féminine. Présence et Action Culturelles. Récupéré le 6 février 2025 de https://www.pac-g.be/analyse-16-sororite-et-rivalite-feminine/.

Liedo, B. (2022). Juntas y revueltas: la sororidad en el feminismo contemporáneo. Recerca, Revista de Pensament i Anàlisi, 27(2).

DOI :  http://dx.doi.org/10.6035/recerca.6539.

Olivier, C. (2024). Les relations entre femmes dans les films d’action du XXIe siècle. De la rivalité à la sororité, une étape indispensable à un changement des stéréotypes ? [Mémoire de maîtrise]. Université du Québec à Montréal, Québec, Canada.

Roubin, S. (2019). Le polyamour, un mode de relation féministe ? Collectif contre les violences familiales et l’exclusion asbl. Récupéré le 6 février 2025 de https://www.cvfe.be/publications/analyses/208-le-polyamour-un-mode-de-relation-feministe.

La grossophobie, c’est quoi ?

En avril, on parle grossophobie

La grossophobie, fréquente et banalisée, génère discriminations et préjugés envers les personnes en surpoids ou obèses. Elle entrave l’accès aux soins, à l’emploi et à d’autres domaines de la vie quotidienne. Comprendre et reconnaître cette réalité est essentiel pour construire une société plus équitable, respectueuse de la diversité des corps.

Pour y réfléchir et lutter ensemble contre ces préjugés et ces stéréotypes, nous vous proposons de découvrir notre outil de sensibilisation « Le petit guide sur la grossophobie« .

Il existe en version papier gratuitement, si cela vous intéresse, contactez-nous par mail ou par téléphone.

femme devant un miroir

Body Positivisme : un mouvement en mutation

Depuis plusieurs décennies, le mouvement du body positivisme a évolué, passant d’une révolution contre les normes esthétiques oppressives à une expression individualiste de l’acceptation de soi.  Originalement conçu par les femmes grosses comme un cri de résistance contre les normes de beauté restrictives et discriminatoires, le mouvement a désormais été récupéré par une variété de voix. Il a évolué pour devenir une plate-forme où une multitude de voix s’expriment, parfois au détriment de son essence militante initiale.

body positivisme

Les origines du body positivisme

L’histoire du body positivisme remonte à plusieurs décennies, mais ses origines modernes peuvent être retracées dans les années 1960-70. À cette époque, des voix marginales commencent à se faire entendre, défiant les normes rigides de beauté et de taille imposées par la société. Llewellyn Louderback, auteur américain, publie en 1967 un article intitulé « More People Should be Fat! » dans The Saturday Evening Post, exposant les défis rencontrés par sa femme en raison de son poids. Cet article inspire Bill Fabrey à fonder en 1969 la National Association to Advance Fat Acceptance (NAAFA), luttant contre la discrimination envers les personnes en surpoids. Ensuite, en 1996, l’association The Body Positive est fondée par Connie Sobczak et Elizabeth Scott, avec pour objectif d’aider les individus à accepter leur corps et à lutter contre les troubles alimentaires.

Un mouvement qui évolue

Cependant, au fil des décennies, le body positivisme a subi des transformations significatives. Avec l’avènement des réseaux sociaux, le mouvement a connu une popularité croissante, atteignant un public plus large. Les plateformes telles que Instagram et Twitter ont permis à un large éventail de personnes de partager leurs expériences et de revendiquer l’acceptation de soi, quel que soit leur poids ou leur apparence. Mais cette popularité a également entraîné une dilution du message original du mouvement. De nos jours, il n’est pas rare de voir des personnes minces et répondant aux normes, utiliser le hashtag #bodypositive pour partager leurs propres insécurités physiques, telles que des vergetures ou des bourrelets. Bien que ces préoccupations soient légitimes, elles émanent souvent de corps qui correspondent déjà aux normes de beauté dominantes, détournant ainsi l’attention des personnes qui étaient à l’origine marginalisées en raison de leur poids ou de leur apparence.

Une ré-appropriation critiquée

Cette évolution du body positivisme a suscité des débats au sein du mouvement lui-même. Des voix s’élèvent pour dénoncer la déformation du mouvement, qui était à l’origine politique et militante. Le collectif Gras Politique, une association française luttant contre la grossophobie, souligne que le mouvement a été porté par des femmes grosses et racisées se sentant invisibles et mal considérées dans la société américaine. L’utilisation du mouvement par des personnes minces et conventionnellement belles a conduit à une perte de l’essence même du body positivisme, qui était de défier les normes de beauté dominantes et de lutter contre la discrimination basée sur le poids.

Dans son édition de juillet, le *Süddeutsche Zeitung Magazin* dresse un portrait désabusé du body positivisme, qualifiant le mouvement de “beau principe” mais aussi d' »idée fabuleuse » difficilement réalisable dans une société où les normes de beauté sont étroitement liées au capitalisme. Le magazine souligne également comment le mouvement a été détourné par l’industrie de la mode et de la beauté, devenant parfois une simple stratégie marketing. Le magazine allemand souligne que le retour de l’extrême maigreur sur les podiums de la haute couture et les campagnes publicitaires « prétendument inclusives » ne font que perpétuer les injonctions esthétiques traditionnelles. En effet, bien que des mannequins plus size soient mis en avant, ils sont souvent présentés avec des traits conventionnellement attrayants, ce qui renforce la pression sur l’apparence physique plutôt que de la réduire et invisibilise d’autant plus les corps gros et très gros. Face à ces constats, le concept de « body neutrality » émerge, mettant l’accent non pas sur l’aspect esthétique des corps, mais sur la dissociation de la valeur personnelle de l’apparence physique.

Vers plus d’inclusivité ?

Outre les nombreuses critiques de ré-appropriation du mouvement body positive par un public non concerné par la problématique initiale, certain.es défenseur.euses du mouvement soutiennent que le body positivisme devrait être inclusif de toutes les formes de corps et de toutes les expériences. Vannah Malila, fondatrice de CURVE, le premier mouvement body positive en Belgique, insiste sur le fait que le body positive concerne tout le monde, y compris les personnes minces. Elle souligne que les hommes ont également du mal à assumer leurs complexes et que leur représentation dans le mouvement est encore trop faible. Pour elle, le message du mouvement va bien au-delà du simple fait d’accepter ses rondeurs ; il s’agit plutôt d’accepter et de célébrer la diversité corporelle dans toutes ses formes.

Conclusion

En conclusion, le body positivisme émerge comme un mouvement en mutation, ayant traversé des décennies d’évolution depuis ses origines militantes dans les années 1960-70. Initialement conçu comme une réponse aux normes de beauté oppressives par les personnes grosses et très grosses, il a évolué pour devenir une plate-forme d’acceptation de soi où diverses voix s’expriment. Cependant, cette popularité croissante a conduit à une réappropriation critiquée du mouvement, avec des voix dénonçant sa dilution et sa déformation par des individus qui entrent néanmoins dans les cases conventionnelles de la beauté. Malgré cela, certain.es défenseur.euses du body positivisme soutiennent une vision inclusive, célébrant la diversité corporelle dans toutes ses formes. Dans l’ensemble, le body positivisme est à un tournant de son histoire. Alors que le mouvement continue d’évoluer, il est crucial de se souvenir de ses origines militantes et de s’efforcer de maintenir son engagement en faveur de la justice sociale et de l’inclusivité. Seulement ainsi pourra-t-il véritablement atteindre son objectif de libérer tous les corps des contraintes des normes esthétiques oppressives.

Bibliographie

Collectif Gras Politique. (2024). Body Positivisme : Plus que jamais, un mouvement militant [Blog post]. Récupéré sur https://graspolitique.fr/body-positivisme-plus-que-jamais-un-mouvement-militant/

Courrier International. (2023, 20 juillet). La fin de l’“idée fabuleuse” du body positivisme. *Courrier International*. https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-la-fin-de-l-idee-fabuleuse-du-body-positivisme

Hidoussi, V. (2022, 25 octobre). *À double tranchant  ;  : les limites du body positive*. Madame Figaro. https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/forme-detente/a-double-tranchant-les-limites-du-body-positive-20220410

Louderback, L. (1967). More People Should be Fat! The Saturday Evening Post.

Pirmez, M. (2019, 9 novembre). *Body positivisme, un mouvement faussement incluant ? – Mammouth Média*. Mammouth Média. https://www.mammouth.media/body-positivisme-mouvement-faussement-incluant/

Sobczak, C., & Scott, E. (1996). The Body Positive: A Guide to Loving Your Body. Gurze Books.

Süddeutsche Zeitung Magazin. (2024). Le Body Positivisme : À la recherche de ses origines [Article]. Süddeutsche Zeitung.

S’ouvrir aux autres et à soi-même ?

Le jeudi 23 novembre 2023 s’est tenu notre conférence de l’automne. Ihsane Haouach en était l’invitée et elle nous a présenté son livre et son idée de modèle répondant à la question : comment mieux s’ouvrir à soi-même et aux autres ?

En résumé

Ses principaux conseils sont :

  • Apprendre à se connaitre et oser rester soi­-même ;
  • Être ouvert.e aux autres, malgré nos différences, en ayant la patience de les écouter, de tenter de se mettre à leur place ;
  • Respecter les points de vue de chacun.e, nos interprétations nous sont propres et uniques, elles dépendent de notre éducation, de nos expériences de vie et sont toutes aussi valables et valides que les autres.

Se connaître et rester nous-mêmes, c’est définir ses valeurs et assumer ses convictions, sans que cela ne signifie qu’il faut camper sur ses positions et qu’il est interdit de changer d’avis. Toute personne a quelque chose à nous offrir et à nous apprendre, le tout est de lui en donner la chance. Tout comme nous avons toutes et tous des trésors à offrir et apprendre aux autres, le tout étant de s’en donner la chance. Trouver un équilibre stable entre ses valeurs et l’ouverture à l’autre. Ne pas s’enfermer dans ses choix, oser échanger, sans rien attendre en retour que la richesse du partage. Souvent, même si tout semble nous opposer, en dialoguant, des convergences peuvent naître et c’est là que la magie opère. Se sentir compris.e, entendu.e, écouté.e, aimé.e reste les clés vers l’apaisement personnel, mais aussi collectif.

Envie de découvrir le modèle OPEN en vidéo ?

Vous trouverez ici la vidéo, résumant la proposition OPEN d’Ishane Haouach. Merci à toutes les personnes qui sont venues, nous avons été ravies de partager cette soirée avec vous. On espère vous revoir bientôt, on vous concocte une chouette soirée en mars 2024 !

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Petits guides sur le féminisme : le féminisme, c'est quoi ? Les vagues, les types et les féminismes intersectionnels

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OPEN, le modèle d’Ihsane Haouach en vidéo

Et si l’ouverture au monde commençait par l’ouverture à soi-même ? Voici une vidéo qui vous résume le modèle OPEN (ouverture, patience, empathie et naturel) d’Ihsane Haouach pour plus d’inclusivité dans le monde du travail.

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Rapport d’activités 2022

L’année 2022 nous a permis de reprendre peu à peu un rythme tout à fait normal après plusieurs années chahutées par la pandémie de Covid. Nous avons eu plus d’absences que les années précédentes ce qui nous a demandé plus de temps pour reprendre régulièrement contact avec les participant.e.s qui étaient sur la voie du décrochage.

Notre public a aussi été un peu plus difficile à contacter à la rentrée de septembre 2022. Heureusement, peu à peu, les groupes se sont constitués de façon homogène.

Les Ateliers de l’Egalité et de la Citoyenneté ont à nouveau permis aux participantes de prendre une place plus visible et plus concrète dans la société grâce aux nombreuses activités proposées. Elles ont aussi été présentes lors des activités hors de nos murs, au PointCulture par exemple ou encore lors du Festival Féministe organisé par la Maison Amazone.

Les Ateliers informatiques pour adultes débutant.e.s ont aussi trouvé leur public, issus de nos groupes de participant.e.s mais aussi d’autres associations de la commune. Nous constatons que ces ateliers répondent à un réel besoin des personnes qui fréquentent notre association. La fracture numérique s’intensifie depuis quelques années et nous tentons de la combattre au mieux avec l’aide de notre partenaire, l’ARC asbl. Les femmes en particulier sont concernées par cette fracture numérique et sont demandeuses d’activités qui leurs permettent de gagner en autonomie pour leur vie quotidienne.

Notre public était aussi au rendez-vous lors de nos événements ce qui nous a réellement fait plaisir après de longs mois avec très peu de sorties culturelles. Nous espérons là-aussi avoir répondu aux attentes des personnes qui nous soutiennent depuis longtemps ou à celles qui peu à peu nous rejoignent.

Notre nouvelle communication nous permettra, nous l’espérons, d’aller à la rencontre d’un nouveau public, sans doute un peu plus jeune, et certainement grâce à la dynamisation de nos activités sur les réseaux sociaux.

Tous les détails de cette année charnière sont dans notre rapport d’activités 2022.

broderie art de décoration féministe

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Personne devant un ordinateur, bloc-notes, et tasse de café

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