Départ de Francine Ramakers

Vingt ans au CFEP....

J’ai commencé à travailler au CFEP un 8 mars en 1999. C’était la journée internationale de la femme. J’aurais dû me méfier de cette date symbolique. L’agitation était à son comble dans la maison Amazone alors que je me présentais pour le remplacement d’une personne en congé de maladie pour 3 mois. L’engouement féministe m’a finalement retenu 20 ans.
Le CFEP venait de déménager de la place Quételet, où il occupait une grande maison permettant d’organiser un grand nombre d’activités, pour s’installer à Amazone, dans deux petits bureaux qui ressemblaient à deux alcôves d’une ruche dont les bénévoles (une trentaine) et les participantes aux diverses activités entraient et sortaient, et organisaient des rencontres informelles d’échanges d’idées, de propositions de nouveaux projets d’activités à insérer dans le programme, qui était alors trimestriel. L’équipe du CFEP structurait ensuite ce foisonnement de projets en accord avec les exigences du décret sur l’éducation permanente.
La trentaine de bénévoles, issues majoritairement d’un milieu plutôt bourgeois, représentait la génération des babyboumeuses, qui n’ayant pas eu accès à la pilule contraceptive, n’avaient pas eu l’opportunité de contrôler leur maternité (une des premières conditions d’émancipation des femmes) et avaient après leurs études, brièvement entamé une carrière professionnelle qu’elles avaient abandonnée pour prendre soin de leur famille nombreuse. Leur engagement bénévole au sein du CFEP en faisait un lieu d’épanouissement et d’émancipation. Les activités qu’elles ont initiées ont pris de multiples formes : neufs clubs d’investissement, des tables de conversation en anglais, italien, espagnol et français langue étrangère, des ateliers d’initiation à l’informatique, une Antenne femmes d’Amnesty international, une bibliothèque, des rencontres littéraires …
Parmi ces bénévoles, je voudrais rendre hommage à Renée Quintin qui nous a quitté après avoir initié au sein du CFEP beaucoup d’activités, notamment la bibliothèque, les rencontres littéraires ainsi que plusieurs cycles de conférences débats sur la philosophie, les religions, ... Je remercie également Anne-Marie Gardiol, dernière bibliothécaire du CFEP ainsi que Michèle Leroy qui encore à ce jour et depuis de nombreuses années assure, l’accueil du public lors des rencontres-débats.
La poursuite de l’objet social du CFEP axé sur la promotion, l’autonomie, l’épanouissement et la prise de responsabilité de la femme, quelles que soient ses origines, dans les domaines tant professionnel que social, politique, culturel et familial, offrait un large champ d’action et des activités intéressantes auxquelles j’ai eu la chance de prendre part activement (certaines de ces activités sont largement détaillées dans le livre du CFEP « 1956-2006 : 50 ans d’action au service de la cause des Femmes »(1)) :
- Le projet « Clés pour la politique », initié par le CFEP, qui a contribué au changement de la loi électorale en incluant l’obligation pour les partis politiques de présenter sur leur liste au minimum 30% de candidates, avant que la parité puisse être instaurée en 2002. Cette formation a permis aux femmes qui l’ont suivie d’affirmer leur citoyenneté active et leur a donné des outils d’analyse de nature à apporter du changement dans le monde politique, alors très majoritairement masculin.
- Les rencontres-citoyen-ne-e-s des "Midis politiques avec les expert-e-s du CRISP, qui nous ont régulièrement permis de faire le point, analyser et comprendre l’évolution des institutions belges et de nous outiller pour agir en citoyen-ne-s responsables.
- Le projet européen « Daphné » de lutte contre la violence envers les femmes qui nous a permis de programmer un cycle de conférences–débats et de participer à une enquête européenne, rendant compte des stratégies de changement individuelles et collectives à mettre en place.
- Le cycle de rencontres-débats, le spectacle « Cœur de mère » et l’exposition « Femmes en résistance » en collaboration avec les associations -Femmes pour la paix - FIREFEC et l’Institut Kurde qui ont mis en lumière le sort des femmes en R.D. Congo et la force de ses femmes résistantes. Ce rappel me permet de rendre hommage à Rosine Lewin, l’une des dernières résistantes de la deuxième guerre mondiale encore vivante à ce moment, que j’ai eu la chance de rencontrer à cette occasion.
- La marche mondiale des femmes de 2010 qui m’a permis de faire partie de la délégation belge qui s’est rendue à Bukavu en R.D. Congo afin de dénoncer les viols utilisés comme armes de guerre et soutenir les femmes qui en étaient les victimes.
- La formation en connaissances de gestion, menée en collaboration avec le CFCS de Vie Féminine et le programme de Mentorat poursuivi en collaboration avec les femmes cheffes d’entreprises de l’association FEC de Belgique qui, apportant leur expertise dans le domaine de l’entreprenariat féminin, ont permis à des porteuses de projets, issues de la diversité, et peu scolarisées, d’être encadrées et d’obtenir le certificat qui leur a ouvert l’accès à l’exercice d’une profession. Je remercie en particulier Micheline Briclet, initiatrice de ce Mentorat.
- De nombreux cycles de rencontres-citoyen-ne-s initiés au CFEP sur des thématiques telles que la décroissance, les femmes et les sciences, la laïcité et le genre, Genre & Islam ... qui ont mis la question des femmes à l’agenda en faisant appel aux expert-e-s du milieu académique ou associatif afin de vulgariser les recherches féministes et qui ont permis de renforcer ou créer des collaborations avec d’autres associations féminines, féministes émergeantes ainsi que des structures institutionnelles.
Le public qui fréquente les cycles de rencontres du CFEP a très largement changé. Il est aujourd’hui principalement constitué de professionnels, hommes et femmes, travaillant sur le terrain auprès de publics très mixtes, et demandeurs de connaissances et d’outils. Ce public attend de nos cycles un renforcement de leurs compétences.
Mais le public du CFEP c’est également un public de femmes (et de quelques hommes) plus précarisés, issues de cultures différentes et qui dans le cadre des "Ateliers de l’égalité et de la citoyenneté" ainsi que dans le cadre des « Cours et tables de conversation en français de la Cohésion sociale », bénéficient d’animations qui leur permettent de cheminer dans la compréhension de la société dans laquelle elles ont migré et dans la difficile et nécessaire tâche de construction de leur "identité en migration".

Je profite de cet éditorial pour rendre hommage à trois grandes dames qui nous ont quittés et avec qui j’ai partagé mes douze premières années de travail au CFEP.
Il s’agit de Bernadette Michel, coordinatrice discrète, généreuse, militante et soucieuse de l’épanouissement de l’équipe ; de Colette ligot, militante modeste mais engagée, responsable de la cohésion sociale puis de cycles de conférences, qui a énormément œuvré pour créer des synergies et évènements mettant en exergue les associations de la diversité ; et de Marie-Christine Lefebvre, présidente de l’association, militante féministe, européenne convaincue, qui a œuvré à professionnaliser le CFEP. Je les remercie pour leur ouverture d’esprit, et l’importance qu’elles accordaient, dans le cadre de notre travail, à l’engagement féministe et la participation aux mouvements et actions des femmes. Je les remercie surtout pour le souci permanent qu’elles ont eu de favoriser sans limites cet engagement, en même temps que la liberté d’action et la capacité créative de chacune d’entre nous.
Je remercie également Hayat Belfaqir, femme merveilleuse avec qui j’ai partagé mon espace de travail pendant ces huit dernières années et qui fut plus qu’une collègue, ainsi que Fabienne Audureau pour son professionnalisme sans qui, le récent cycle de formation-rencontres-débats-découvertes "Genre et Islam" n’aurait pas eu la même ampleur.
Confiante en la capacité du CFEP à s’adapter aux nouvelles réalités et à se maintenir en phase avec son temps, je souhaite bon vent à la présidente, Bénédicte Bouvez, aux membres actuels de l’équipe, Farida Ouadi et Hayat Belfaqir ainsi qu’à toutes les membres du CA.
Je remercie enfin les nombreuses personnes qui ont animé et/ou participé aux nombreuses activités de ces vingt années et notamment aux nombreuses femmes et hommes des associations avec lesquelles j’ai eu la chance de collaborer : « Femmes pour la paix », « Femme et santé », « La Fondation Samilia », « FIREFEC », « MMF », « VrouwenRaad », « Université des femmes », « Amazone », « Lobby européen des femmes », « Le Monde selon les femmes », « Conseil des femmes », les Associations du réseau cohésion de Saint-Josse, « Elles tournent », « Garance », « Awsa », et les experts du CRISP ... . Je m’excuse pour toutes celles et tous ceux qui ne se retrouveront pas dans cette courte liste et les remercie de la confiance qu’ils ou elles m’ont accordée.
Je terminerai par une citation d’Angela Davis :
"Je pense que le plus important lorsqu’on est une militante, c’est précisément que cela vous permet de ne pas vous considérer comme une seule personne qui pourrait avoir accompli quoi que ce soit ; mais plutôt de faire partie d’un mouvement historique"

(1) Quelques exemplaires de ce livre sont disponibles au CFEP

Francine Ramakers